02/06/2007

Petite enfance, ou comment devenir grand


Il était une fois dans un pays voisin…..

Cette histoire c’est une tranche de ma vie d’enfant telle que ma mémoire me la restitue.

Jusqu’à l’âge de cinq ans, tout n’était qu’insouciance et bonheur. J’étais la petite fille modèle des livres de contes,
Nous habitions une jolie petite ville au bord de la mer.

Mon quotidien était fait de rires, de baignades, de bagarres avec ma petite sœur, l’enfant terrible de la famille.

En 1954, janvier pour être plus précise, après des fêtes joyeuses, tout à basculé.

Un matin en me réveillant, maman nous a tenu ces propos :

« Il va falloir être très sages, nous allons devoir partir.
Il ne faut en parler à personne, j’aimerai que tu rassemble tes jouets les plus gros pour les donner à ta petite cousine »

Le choc ! Partir….. Donner ma grande cuisinière, mon petit vélo ! Mais c’était donc grave !

Oui c’était TRES GRAVE.
Dans la nuit nous avons quitté l’appartement, oh nous ne sommes pas allés bien loin.
Des voisins nous ont cachés pendant une semaine, interdiction de sortir, il ne fallait pas que l’on puisse les soupçonner de nous héberger !

Par une froide nuit de Février 54, nous voilà traversant tels des fantômes cette ville si chère à mon cœur, pour nous retrouver dans un hall de gare glacial, désert où seule une cousine en larmes était venu nous dire Adieu.
C’était la maman de la petite à qui j’avais donné mes trésors, la seule à savoir que nous partions sans connaître notre destination.



Ni mes oncles et tantes, ni mes cousins ne surent ce soir là que nous les quittions pour de longues années.

Cette nuit là j’ai « vieilli » d’un seul coup.

Nous n’étions ni des voleurs, ni des truands, nous étions des gens respectables, mais pour qui la fuite était la seule façon d’échapper à la torture, à la prison pour mon père actif militant pour la liberté et les droits de l’homme.

Chose incroyable, mon père, libre penseur, anti-clérical, a du notre salut à un évêque qui lui a fait parvenir un passeport pour lui et sa famille, par l’intermédiaire du curé de la paroisse.

« Caches toi avec les tiens.
Ils vont venir t’arrêter, prends ces papiers, tiens toi prêt à disparaître sans laisser de traces.
Ne dis à personne où tu vas, car la torture est une façon très courante pour faire parler. »

à suivre

Commentaires

Ca commence bien....
Le début d' une histoire qui m' a assez émue ...
Il faut continuer c' est bien parti et surtout ne pas avoir peur de se "lacher", qui sait peut être un jour se sera mon tour !!!
Bisous

Ecrit par : Alba | 15/01/2005

Alba!

Continues, s'il tu plait! J'etais tres, tres touche par cette histoire! Un jour peut-etre nous la pouvons traduire en anglais et faire publie en "biography" tres interessant et importante pour les historiens. Comme les autres, je suis impatience de lire les suites!

Alex aussi etait tres emu et veut te dire: "Merci" pour faire partager avec nous cette histoire.

Grosses bisses,
elma

Ecrit par : elma | 17/01/2005

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