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  • Allez en paix ma fille !

    Deux petits mots sur notre éducation religieuse.

    Notre père laissa carte blanche à notre Ramona pour notre éducation religieuse.
    Dès notre inscription à l’école communale, les dames patronnesse recrutaient les nouvelles écolières .
    Tous les jours, à la cantine de la communale, avait lieu deux services :
    Le premier pour les enfants qui allaient au catéchisme et le 2ème pour les autres.
    Nous faisions parti du 1er service ma sœur et moi, après le repas, nous quittions l’école pour aller suivre le cours de catéchisme à l’église voisine.
    Cet enseignement reposait sur l’histoire de Jésus et de la bible façon :
    « menace du purgatoire, lieu où il fallait expier les fautes pour mériter d’aller au ciel, et, de l’enfer avec ces diables effrayants et les grandes flammes qui allaient nous engloutir. »

    Les « bons » étaient les évangélistes qui au péril de leurs vies allaient porter ( le baptême en priorité) la parole de l’église avant celle du Christ, chez les « sauvages ».
    La messe étant en latin, inutile de vous dire que nous répondions aux psaumes sans trop savoir ce que nous racontions.
    Le curé était un homme au visage sanguin, couperosé, grand, fort, avec des battoirs à la place des mains.
    La longue soutane noire le faisait paraître encore plus terrifiant.
    Peu de chose le faisait sourire.
    Le vendredi après l’école, nous nous rendions à l’église pour confesser nos péchés. Nous attendions notre tour en nous chuchotant des tuyaux sur le genre de fautes à avouer.
    Une fois agenouillée dans le petit réduit sombre, le bruit sec du judas me faisait sursauter. Au travers de la jalousie, je devinais la grosse figure rougeaude où brillaient les lorgnons.
    J’ en oubliais immédiatement les fautes imaginaires pensées à l’avance .
    Il me remettait sur la voie en chuchotant deux ou trois péchés véniels :

    « Je me suis disputée avec ma sœur et mon frère
    - Je suis gourmande. ( alors que nous n’aimions pas les sucreries)
    - J’ ai menti ( puisque j’ ai avoué une faute imaginaire)
    - J’ ai eu des mauvaises pensées ( puisque je pense que ce supplice
    m’ennuie)…
    Garder son frère, donner à manger aux bêtes, ramasser les haricots, mettre la table, faire le vaisselle, nos lits, balayer, frotter le parterre, trouver le temps de faire les devoirs et apprendre les leçons, pensez-vous que nous trouvions le temps de faire des péchés ?

    Et l’autre qui revenait à la charge :

    «  Des mauvaises pensées ? Tu peux préciser……

    «  Ben, des fois je me demande ce que j’ai pu faire au bon dieu, pour qu’il me donne autant de travail, si peu d’argent à mes parents, et pourquoi il m’a fait quitter le bord de mer où j’étais si heureuse….

    Je comprenais qu’il devait tout savoir de nous, de nos parents, de nos enseignants à la communale…

    «  Récite avec moi le je confesse à dieu , mon dieu pardonnez ….

    Puis, il me libérait en me donnant une pénitence contre l’ absolution de mes péchés : des je vous salut Marie et des notre père , à réciter devant la porte du confessionnal , pour avoir les yeux sur les resquilleurs….

    Nos jeudis, nos samedis et dimanches étaient consacrés aux patronages,
    aux messes, aux kermesses.
    Pour ma mère c’était rassurant de nous savoir occupées.
    Notre père avait d’autres chats à fouetter que de s’informer de ces « distractions ».

    A Pâques, nous étrennions ; une nouvelle robe, des sandalettes blanches.

    Durant la période du mois de « Marie » , en mai, on nous confiait la garde d’ une statue bénie, de la vierge Marie en plâtre. Elle circulait de famille en famille, moyennant quelques francs. De ce fait nos maisons recevaient la protection divine pour l’année. A défaut, une mère enceinte.

    Chez nous nous la cachions dans notre chambre , mieux valait éviter
    d’avoir à donner des explications à notre père sur le sujet.

    Puis, venait la remise de l’enveloppe « denier du culte ».
    Ramona, le porte monnaie vide et l’ardoise chez l’épicier pleine, oubliait de détourner vers la paroisse la sueur du labeur de Manuel et se faisait rappeler à l’ordre .
    Nos voisins, l’ont rassurée , en souriant l’ont informée sur les façons de faire de ce curé surnommé « harpagon ».

    « Chef Sylvie » la femme à tout faire à la sacristie avait la responsabilité des bigotes et des filles du patronage.
    Elle provoquait les « vocations » parmi nous. Il n’était question que d’histoires de magnifiques jeunes filles qui trouvaient un « Amour » immense dans le Christ, elles rayonnaient d’une beauté sans égal dans leurs habits de religieuses, autour d’elles que joie et miséricorde !
    Et nous nous écoutions bouche bée.

    Une souscription fut lancée pour faire ériger une grotte en béton copie de celle de Lourdes . La moitié de notre terrain de jeu fut occupé par ‘’l‘oeuvre’’, qui est toujours en place à ce jour.


    Notre grand sujet de conversation entre filles était la robe de communiante.
    Des robes qui ressemblaient à celles des mariées, nous faisaient rêver.
    Cette année la, le clergé décréta que les toilettes des filles devaient être sobres. Les communions se feraient en aubes blanches, strictes et sans artifices.
    Quelle déception pour nous les filles. Il en fut de même pour les garçons, pas question de costumes, eux aussi porteraient l’aube, ils avaient la possibilité de la louer au curé !
    Et puis il fallait aussi lui acheter cher, un gros cierge, qu’on rendait après
    l’avoir allumer deux fois .

    Ce fut une belle journée que celle de ma communion, parce que nous avions invité toute la famille et tous les amis, pour faire une fête.
    Mon père n’a pas assisté à la messe ni aux processions à la grotte…

    A l’école, la directrice désireuse de nous orienter vers la 6eme ou le certificat d’étude, nous a demandé :

    -« Quel métier désireriez-vous faire plus tard ?

    J’ai répondu «  religieuse », parce que M le curé venait de me donner, en grand secret une belle image représentant le bon dieu et une religieuse s‘engageant dans les ordres.
    Je pensais être la seule appelée du quartier !

    La Directrice de l’école, qui avait de bonnes relations avec mes parents, les convoqua .
    Elle leur conseilla de nous inscrire aux Eclaireurs de France, mouvement de scouts laïque. Ce qu’il firent.

    Apprenant cette inscription, le curé convoqua à son tour mes parents :

    - « Je ne vous ai jamais vu à l’office le dimanche, attaqua-t-il….

    Mon père:

    -  «  Le seigneur n’a-t-il pas dit lui même à Marie-Madeleine, l’obligation passe avant la dévotion ? Mes obligations sont nombreuses… Pour faire manger la famille il me faut une partie de mes nuits , les dimanches et jours fériés.

    - « J’ai appris que vous avez inscrit vos filles dans une organisation laïque. Vous auriez pu choisir les « Jeannettes », je vous avertis, si vous ne changez pas d’idée, la petite Joséphine ne fera pas sa communion chez nous. »

    - « Bien, alors, elle choisira d’elle même… rétorqua ma mère.

    Le choix était délicat pour Jo, d’une part renoncer aux cadeaux et à une fête. De l’autre découvrir de nouveaux horizons qui allaient nous éloigner de notre quotidien.
    Pour l’aider à se décider il fut promis à Jo de lui faire une fête.
    C’en était fini des messes, des confessions et des menaces d’aller en enfer !


  • Juillet 1958

    On dit que lorsque le bâtiment va, tout va.
    Donc, Manuel après une formation accélérée au centre FPA est allé rejoindre, armé de sa caisse à outils, mes oncles sur les chantiers .
    Les barres d’immeubles, poussaient comme des champignons.
    La main d’œuvre manquait dans les petites entreprises de maçonnerie. Des réfugiés Italiens nous avaient précédé de quelques années ; nombreux avaient déjà monté leur entreprise.
    Les Portugais eux aussi arrivaient sans papiers avec leurs valises en carton.

    Manuel se levait tôt, emportait dans la musette la gamelle, préparée avec amour par Ramona.


    Cette nourriture saine lui donnait assez de force pour retrousser à nouveau les manches à sa descente de bicyclette, le soir dans notre jardin.
    Au fond du potager un petite canal alimenté par les eaux de la Sorgue permettait aux riverains du quartier d’arroser leur terre.
    Le Syndicat de gestion du canal établissait le calendrier des jours et heures d’attribution de l’eau, et il n’était pas rare d’avoir à se lever à 1 ou 2 heures du matin, pour irriguer .
    Manuel fut sollicité à maintes reprises par les établissements Jouve & Cie, ils cherchaient un maçon pour l’installation de leurs boiseries sur les chantiers, ainsi que pour l’entretien des locaux de leur petite fabrique de menuiseries.
    Mon père n’aurait qu’à parcourir 200 mètres pour se rendre au travail.
    Difficile de choisir entre :
    Une meilleure rémunération dû aux nombreuses heures effectuées.
    Des déplacements nécessitants de longs parcours, à bicyclette.

    Et
    Un salaire moins important.
    Des horaires lui laissant le temps pour enfin pouvoir être plus présent, et pour ce rêve qu'il a depuis longtemps : se bâtir un jour sa propre maison

    La proximité du travail, fit pencher la balance, lourdement, vers la petite fabrique.
    Pour Ramona aussi la vie allait changer.
    De jour en jour nous la voyions prendre de l’embonpoint, la famille allait s’agrandir.
    Cette nouvelle grossesse la faisait parfois pleurer, si elle avait pu choisir ! Son humeur était souvent maussade.
    Pour lui alléger le travail il fut décidé que je m’occuperais du poulailler :
    dans un seau, la veille au soir, je mettais à tremper les restes de pain sec, de toutes petites pommes de terre qui avaient cuit dans la journée. Le lendemain j'ajoutais du son et je mélangeais le tout.
    Notre chien Dick, magnifique bâtard roux, raffolait de cette pâté.
    Le maïs, le blé, l’herbe arrachée dans le jardin, les salades montées complétaient cette alimentation. Le plus difficile pour moi, c’était de pénétrer dans l’enclos, j’avais peur des coqs, lorsqu’ils voyaient la porte s’ouvrir ils se précipitaient, alors un seau d’une main, un bâton de l’autre je me frayais un passage au milieu des volailles. Pendant que les volatiles se restauraient, j’allais ramasser les œufs. Ils étaient encore chauds.
    A l’aide d’un arrosoir en zinc je remplissais les abreuvoirs, l’eau devait être toujours propre, afin d’éviter les maladies.

    Les grandes vacances étaient synonymes de jeux, de liberté dans les champs, de gaieté.
    La journée commençait par un copieux petit déjeuner, à l’espagnole, sur de larges tartines de pains nous écrasions une tomate, que nous allions cueillir dans le jardin, bien rouge, bien mure, juteuse à souhait, avec un parfum que vous ne trouverez nulle part ailleurs que dans votre jardin, une pincée de sel, un filet d’huile d’olive, et suivant la disponibilité, une petite omelette ou du jambon. Un verre de lait complétait le tout.
    Après quoi il était temps d’aider au ménage, et aux travaux de la basse cour.
    Comme maman, ne pouvait plus ramasser les haricots verts, Joséphine et moi nous mettions chacune à un bout de la rangée et nous faisions la course pour en finir au plus vite, les feuilles des haricots laissaient des marques sur la peau de nos jeunes bras et sur nos jambes nues.

    Ce n’était que vers 11 heures que nos jeux pouvaient commencer.
    Arrivaient alors, Geneviève qui par la fenêtre de sa chambre suivait l’évolution de la situation, Cricri qui depuis 10 heures faisait les 100 pas devant notre portail.
    Les cachettes étaient légion, en catimini nous allions au fond du jardin pécher des têtards dans le canal, la peur de la correction nous retenait de prendre des bains.
    Georges avait pour compagnon et complice Joseph notre cousin. C’était plus qu’un cousin pour lui, ils avaient six mois de différence, c’était un peu un frère jumeau.
    Notre oncle, sa femme et Joseph habitaient de l’autre côté de la rue au n°13.
    Deux jours avant la date prévue de l’accouchement, nous vîmes arrivée notre tante, Andrée épouse de l’oncle Carlos, ils résidaient au Camp-Rambeau, dans une petite maison au milieu des champs à peu de distance de chez nous.
    - « Je viens chercher les enfants. Nous les invitons à passer quelques jours chez nous. »
    Allégresse générale, c’était la première fois que nous partions, à la joie
    de « découcher » s’ajoutait une petite poupée âgée à peine de deux mois et qui était notre cousine Marie-Ange.
    Au soir du 25 juillet notre père vint nous chercher.
    - « Alors ? questionna Andrée »
    - « C’est une fille, Patricia, tout c’est bien passé, Ramona va bien, nous avons besoin de Marie-Alba. »
    Du haut de mes 10 ans je me sentais investie de nouvelles responsabilités.
    Un soir, alors que les informations venaient de s’achever, Manuel contrairement à son habitude, resta à table au lieu d’aller se mettre à travailler le potager :

    -« Ramona, la maison est mise à la vente, ou nous partons vivre ailleurs ou nous l’achetons, le propriétaire est pressé. »

    -« Manuel, tu te rends compte de l’énormité de ce que tu dis ?  Acheter, avec quoi ? Habiter ailleurs ? Où ? Nous repartons ? »

    Elle était furieuse, Ramona, chaque fois que mon père abordait le sujet, elle répliquait qu’il vivait de rêves, en fait c’était elle qui rêvait de repartir, de quitter la France pour retourner en Espagne.
    Son seul horizon à elle c’était ce chemin de la Roquette, cette petite épicerie de la Croix Verte, ses soucis de fin de mois, les maladies infantiles, c’était le lot des femmes de ces années là.
    En fait elle souffrait, elle en a souffert toute sa vie.

    -« Restes calme, ne t’énerves pas, je me suis renseigné, avec nos quatre enfants, nous pouvons obtenir des aides. Et nous ferons comme tous les autres, nous emprunterons. Il nous faut trouver une personne qui puisse se porter caution, lui dit calmement Manuel. »
    Ce soir là maman alla se coucher avant tout le monde, laissant là notre père et nous.
    Dans son désespoir, Ramona se confia au vieux couple qui dans le passé nous avait trouvé cette demeure.

    Un soir à la surprise générale, une magnifique Ariane, pénétra dans notre cour, il en descendit un couple, une belle femme, magnifique, habillé avec élégance, perchée sur des talons de 10 cm, je n’avais jamais vu quelqu’un d’aussi beau, avec elle un monsieur en costume sobre.
    - « Manuel, Ramona, je suis Marcelle, la fille de vos amis, voici mon mari Marcel, mes parents ont beaucoup d’affection pour vous. Ils nous ont parlé de vos soucis et nous pensons pouvoir vous aider. »
    Mes parents étaient muets de stupeur.

    - « Cette maison vous devez l’acheter, je me porte caution, et vous avance une partie de la somme, lorsque vous aurez votre prêt vous me rembourserez. » Monsieur Marcel venait de parler.

    Comme il était tard, mes parents nous prièrent d’aller nous coucher, ce qu’il fut dit ce soir là, je ne le sais pas. La seule chose que je savais c’était que Marcelle était adorée par ses parents et qu’elle n’avait qu’un objectif : leur faire plaisir
    Peu de temps après mes parents devenaient propriétaire.
    Mon père venait de réaliser un de ces premiers rêves.

  • Federico Garcia



    Les guitares jouent des sérénades
    Que j'entends sonner comme un tocsin
    Mais jamais je n'atteindrai Grenade
    "Bien que j'en sache le chemin"

    Dans ta voix
    Galopaient des cavaliers
    Et les gitans étonnés
    Levaient leurs yeux de bronze et d'or
    Si ta voix se brisa
    Voilà plus de vingt ans qu'elle résonne encore
    Federico García

    Voilà plus de vingt ans, Camarades
    Que la nuit règne sur Grenade


    Il n'y a plus de prince dans la ville
    Pour rêver tout haut
    Depuis le jour où la guardia civil
    T'a mis au cachot

    Et ton sang tiède en quête de l'aurore
    S'apprête déjà
    J'entends monter par de longs corridors
    Le bruit de leurs pas

    Et voici la porte grande ouverte
    On t'entraîne par les rues désertées
    Ah! Laissez-moi le temps de connaître
    Ce que ma mère m'a donné

    Mais déjà
    Face au mur blanc de la nuit
    Tes yeux voient dans un éclair
    Les champs d'oliviers endormis
    Et ne se ferment pas
    Devant l'âcre lueur éclatant des fusils
    Federico García

    Les lauriers ont pâli, Camarades
    Le jour se lève sur Grenade

    Dure est la pierre et froide la campagne
    Garde les yeux clos
    De noirs taureaux font mugir la montagne
    Garde les yeux clos

    Et vous Gitans, serrez bien vos compagnes
    Au creux des lits chauds
    Ton sang inonde la terre d'Espagne
    O Federico

    Les guitares jouent des sérénades
    Dont les voix se brisent au matin
    Non, jamais je n'atteindrai Grenade
    "Bien que j'en sache le chemin"

    JEAN FERRAT