05/06/2007

Mes angines.

Une fois par mois, se produisait ce scénario :

- « maman je ne peux pas aller à l’école j’ai mal à la gorge. »

Ma mère me prenait la tête entre ses deux mains, posait ses lèvres sur mon front, pour évaluer ma température.
Moment délicieux que celui là, ses baisers étaient entre temps inexistants.
Effectivement une nouvelle angine et la fièvre me clouaient au lit . Le médecin confirmait.
Remède : piqûres de pénicilline , c’était la grande mode.



Une sage femme, accoucheuse la nuit, d’ origine suisse, était venue s’installer au dessus de la boulangerie de la route de Lyon. Elle faisait office d’infirmière de quartier le jour.
Se déplaçant à bicyclette, du 1er janvier au 31 décembre. Mistral de face ou dans le dos, jusqu’après l’âge de 85 ans, toujours à la même vitesse d’un escargot en vadrouille ( son vélo suisse avait le frein sur pédalage rétro).

De son sac elle tirait une boîte métallique chromée de laquelle elle extirpait aiguille et seringue. Elle demandait une casserole dans laquelle elle faisait bouillir de l’eau, sa seringue et les aiguilles.

En attendant la « stérilisation » et l’entartrage du matériel , on lui offrait le café, elle nous racontais ses fantasmes.
Amoureuse de Gérard Philippe la ‘’coqueluche’’ des Avignonnais. Elle le voyait à tous les coins de rue :

- « Madame Ramona, si vous voyez le jeune garçon de la villa Delorme, face à la boulangerie … Je viens de lui faire une anti-tétanique . Mais qu’il est beau ! La tête crachée de Gérard. Je n’ai pas pu m’empêcher de lui caresser le dos … quel dos ! … Ah s’il avait 10 ans de plus … » 

Une fois le café avalé, j’avais droit à son injection.
Cela a duré deux ans, puis, un jour plus rien , si ce n’est une
hépatite C , sortie de sa seringue et décelée 20 ans après.
Daniel, le ‘’Gérard Philippe’’ voisin, avait certainement eu le privilège d’un traitement de faveur : seringue, aiguille neuve et stériles, puisqu’il n’a pas eu de jaunisse.

Je m’acclimatais . Mes rêves peu à peu s’espacèrent, les tourbillons ne me submergeaient plus.
Un matin, une lettre timbrée de Tarrega en Espagne, mit la maison en fête.
Jean le jeune frère de Ramona, demandait si nous pouvions l’accueillir avec son épouse et le bébé Joseph.
La chambre au premier fut aménagée pour recevoir ces chers parents.

Leur arrivée coïncida avec un hiver des plus rigoureux, fin février1956.
Dans le four du poêle chauffaient en permanence des briques de terre cuite, le soir nous les enroulions de papier journal pour les mettre dans nos lits.
Il y gelait dans les chambres .
Au moment d’aller nous coucher, mon père enflammait de l’alcool à brûler dans une casserole ; une douce chaleur passagère nous aidait dans la séance de déshabillage.
Notre respiration faisait dans la chambre, comme la vapeur qui s’échappait de la bouilloire sur le poêle et se condensait sur les murs qui coulaient l’eau. Les vitres se couvraient de glace.

Il a neigé énormément et gelé à moins 20 par dessus.
Pour les enfants ce fut un émerveillement.
Nous découvrions la neige pour la première fois.

Avant le rire des enfants sortis pour faire le bonhomme de neige, le silence feutré de la campagne fut brisé dans la nuit par l’éclatement des troncs d’oliviers en végétation avancée. Ce fut une catastrophe.

Les chantiers se sont arrêtés pour cause d’intempéries, je vis mon père resté à la maison, pour la première et dernière fois de sa vie, participer aux tâches ménagères.
Difficile de se défaire des coutumes hispaniques : un homme, même catalan, surpris avec un balais dans les mains, était catalogué de : "maricon".
Alors avec une serpillière ?

Commentaires

c'est un succulent récit si proche de ce que j'ai connu, l'alcool dans les assiettes en alu
les roses de givres sur les vitres le matin
mais ne regrettons rien, les souvenirs nous suffisent

bisous
jupi

Ecrit par : jupiter | 05/06/2007

Me voilà revenue .... plus de 50 ans en arrière, à Canet où j'habitais à l'époque avec mes parents. Exactement comme toi, avec mes grands-parents (espagnols originaires de Gérone), le froid de canard qui avait sévit pendant un mois ! Il me semble que c'était hier ! Merci de ce merveilleux article.

Ecrit par : CATALANE | 05/06/2007

dis donc .... la même sage-femme est venue régulièrement piquer les fesses du petit frêre de Daniel -alias Gerard-( peut etre 10 ans apres ) Je me souviens de cette "forte" femme et de sa bicyclette !
j'aimais voir bouillir ses seringues . j'ai un souvenir odorant associé...... je l'aimais bien , elle ne m'a rien "piqué"!

Ecrit par : véron | 06/06/2007

Ecrire un commentaire