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  • C'est les vacances.

    Je ne vais pas être très présente ces jours avenirs !

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    Nous vous souhaitons de bonnes vacances à tous.

    Véro, promis je répondrai à ton questionnaire dans les prochains jours.

  • Souvenirs de grandes vacances.

    Comme la plupart des habitants du quartier, faute de voiture, nous passions les vacances à la maison. Les parents qui auraient pu nous accueillir étaient en Espagne. Nous avons attendu 1966 pour y retourner.
    L’air de la Roquette n’était pas pollué, nos jardins étaient verts et en pleine production, l’eau y coulait fraîche à la pompe, au canal nous aurions aimé nous baigner mais ma mère veillait.


    Nous avions la santé et bon appétit. Nous manquions d’activités récréatives tout au long de ces deux mois et demi de vacances.

    Cet été de 1960,  une attraction est annoncée.


    Le tour de France, passera sur la route de Lyon à 150 mètres de la maison.


    Nous avons donc suivi sur la carte de France et à la radio les arrivées d’étapes depuis le départ de Lille dans le Nord, vers Bruxelles.
    Malo -Les- Bains accueillait la course le troisième jours.

    La coqueluche des Français, Jacques Anquetil, cette année là était absent. Un jeune champion, Roger Rivière, était son remplaçant en équipe de France.


    Passé le massif Central, il était quasi certain de rentrer à Paris avec le maillot jaune, le contexte de la course ne pouvait que l’avantager dans la fraction finale.


    Quatorzième étape, Millau - Avignon, la radio annonçait un drame dans la course, dans les lacets des Gorges du Tarn, Roger Rivière dérapait dans un virage et disparaissait dans un ravin du col du Perret.
    Consternation, on le cru mort. Un tapis de feuilles et de lianes avaient amorti un peu la chute et c’est un Roger Rivière brisé que l’on transporta en toute hâte vers l’hôpital de Montpellier, avec une double fracture de la colonne vertébrale qui mit fin à sa carrière prometteuse.
    La victoire d’étape sur les allées de l’Oulle était remportée par un Edouard Delberghe devant notre Darrigade adoré.

    Le lendemain, l’émotion était vive, la tension était montées à son apogée et les copines sont venues longtemps avant l’heure nous chercher, pour aller enfin assister à un "sacret spectacle".

    Ramona et sa tribue se sont installées dans l’herbe sèche du fossé de la nationale 7, à l’ombre des platanes.

    Deux motards de la Gendarmerie Nationale à grands coups de sifflet annonçaient l’arrivée des fourgons publicitaires, des flonflons d’ accordéon, de l’énorme bonhomme Michelin, de la voiture Poulain qui nous lançait des barres de chocolat, des mouches géantes mortes les pattes en l’air terrassées par la bombe tue mouches truc machin chose, la distribution des journaux de l’Humanité, des chapeaux en papier, je recevais mon premier Pif le Chien sur le nez, et, plus rien le calme plat.


    Tout le monde était bouche bée, les yeux écarquillés en direction des remparts d'où le départ était donné.


    Une escadrille de motards, les bras en croix, debouts sur leurs motos BMW ultra silencieuses, est passée devant la foule médusée. J’avais mal aux mains d’applaudir. Puis plus rien à nouveau.

    Des coups de sifflet stridents nous ont fait sursauter et reculer encore. Les mères agrippaient leurs gamins.
    Le peloton multicolore des coureurs bronzés, rasés et tout propres passait devant nous assez lentement, parce que le vrai départ se faisait à trois km après Le Pontet.
    Le temps de faire ouf et de repérer vaguement les couleurs de l’équipe de France nos chouchous, pas celle du maillot jaune, et plus rien.
    A si : un fourgon avec un balai accroché, la voiture balai.

    Nous pouvions rentrer chez nous avec ce souvenir, y a plus rien à voir

  • Allez en paix ma fille !

    Deux petits mots sur notre éducation religieuse.

    Notre père laissa carte blanche à  Ramona pour notre éducation religieuse.
    Dès notre inscription à l’école communale, les dames patronnesses recrutaient les nouvelles écolières .
    Tous les jours, à la cantine de la communale, avait lieu deux services :
    Le premier pour les enfants qui allaient au catéchisme et le 2ème pour les autres.
    Nous faisions partie du 1er service ma sœur et moi, après le repas, nous quittions l’école pour aller suivre le cours de catéchisme à l’église voisine.
    Cet enseignement reposait sur l’histoire de Jésus et de la bible façon :
    « menace du purgatoire, lieu où il fallait expier les fautes pour mériter d’aller au ciel, et, de l’enfer avec ces diables effrayants et les grandes flammes qui allaient nous engloutir. »


    Les « bons » étaient les évangélistes qui au péril de leurs vies allaient porter ( le baptême en priorité) la parole de l’église avant celle du Christ, chez les « sauvages ».
    La messe étant en latin, inutile de vous dire que nous répondions aux psaumes sans trop savoir ce que nous racontions.
    Le curé était un homme au visage sanguin, couperosé, grand, fort, avec des battoirs à la place des mains.
    La longue soutane noire le faisait paraître encore plus terrifiant.
    Peu de chose le faisait sourire.
    Le vendredi après l’école, nous nous rendions à l’église pour confesser nos péchés. Nous attendions notre tour en nous chuchotant des tuyaux sur le genre de fautes à avouer.
    Une fois agenouillée dans le petit réduit sombre, le bruit sec du judas me faisait sursauter. Au travers de la jalousie, je devinais la grosse figure rougeaude où brillaient les lorgnons.
    J’ en oubliais immédiatement les fautes imaginaires pensées à l’avance .
    Il me remettait sur la voie en chuchotant deux ou trois péchés véniels :

    « Je me suis disputée avec ma sœur et mon frère
    - Je suis gourmande. ( alors que nous n’aimions pas les sucreries)
    - J’ ai menti ( puisque j’ ai avoué une faute imaginaire)
    - J’ ai eu des mauvaises pensées ( puisque je pense que ce supplice
    m’ennuie)…
    Garder son frère, donner à manger aux bêtes, ramasser les haricots, mettre la table, faire le vaisselle, nos lits, balayer, frotter le parterre, trouver le temps de faire les devoirs et apprendre les leçons, pensez-vous que nous trouvions le temps de faire des péchés ?

    Et l’autre qui revenait à la charge :

    «  Des mauvaises pensées ? Tu peux préciser……

    «  Ben, des fois je me demande ce que j’ai pu faire au bon dieu, pour qu’il me donne autant de travail, si peu d’argent à mes parents, et pourquoi il m’a fait quitter le bord de mer où j’étais si heureuse….

    Je comprenais qu’il devait tout savoir de nous, de nos parents, de nos enseignants à la communale…

    «  Récite avec moi le je confesse à dieu , mon dieu pardonnez ….

    Puis, il me libérait en me donnant une pénitence contre l’ absolution de mes péchés : des je vous salut Marie et des notre père , à réciter devant la porte du confessionnal , pour avoir les yeux sur les resquilleurs….

    Nos jeudis, nos samedis et dimanches étaient consacrés aux patronages,
    aux messes, aux kermesses.
    Pour ma mère c’était rassurant de nous savoir occupées.
    Notre père avait d’autres chats à fouetter que de s’informer de ces « distractions ».

    A Pâques, nous étrennions ; une nouvelle robe, des sandalettes blanches.

    Durant la période du mois de « Marie » , en mai, on nous confiait la garde d’ une statue bénie, de la vierge Marie en plâtre. Elle circulait de famille en famille, moyennant quelques francs. De ce fait nos maisons recevaient la protection divine pour l’année. A défaut, une mère enceinte.

    Chez nous nous la cachions dans notre chambre , mieux valait éviter
    d’avoir à donner des explications à notre père sur le sujet.

    Puis, venait la remise de l’enveloppe « denier du culte ».
    Ramona, le porte monnaie vide et l’ardoise chez l’épicier pleine, oubliait de détourner vers la paroisse la sueur du labeur de Manuel et se faisait rappeler à l’ordre .
    Nos voisins, l’ont rassurée , en souriant l’ont informée sur les façons de faire de ce curé surnommé « harpagon ».

    « Chef Sylvie » la femme à tout faire à la sacristie avait la responsabilité des bigotes et des filles du patronage.
    Elle provoquait les « vocations » parmi nous. Il n’était question que d’histoires de magnifiques jeunes filles qui trouvaient un « Amour » immense dans le Christ, elles rayonnaient d’une beauté sans égal dans leurs habits de religieuses, autour d’elles que joie et miséricorde !
    Et nous nous écoutions bouche bée.

    Une souscription fut lancée pour faire ériger une grotte en béton copie de celle de Lourdes . La moitié de notre terrain de jeu fut occupé par ‘’l‘oeuvre’’, qui est toujours en place à ce jour.

     

    Notre grand sujet de conversation entre filles était la robe de communiante.
    Des robes qui ressemblaient à celles des mariées, nous faisaient rêver.
    Cette année la, le clergé décréta que les toilettes des filles devaient être sobres. Les communions se feraient en aubes blanches, strictes et sans artifices.
    Quelle déception pour nous les filles. Il en fut de même pour les garçons, pas question de costumes, eux aussi porteraient l’aube, ils avaient la possibilité de la louer au curé !
    Et puis il fallait aussi lui acheter cher, un gros cierge, qu’on rendait après
    l’avoir allumer deux fois .

    Ce fut une belle journée que celle de ma communion, parce que nous avions invité toute la famille et tous les amis, pour faire une fête.
    Mon père n’a pas assisté à la messe ni aux processions à la grotte…

    A l’école, la directrice désireuse de nous orienter vers la 6eme ou le certificat d’étude, nous a demandé :

    -« Quel métier désireriez-vous faire plus tard ?

    J’ai répondu «  religieuse », parce que M le curé venait de me donner, en grand secret une belle image représentant le bon dieu et une religieuse s‘engageant dans les ordres.
    Je pensais être la seule appelée du quartier !

    La Directrice de l’école, qui avait de bonnes relations avec mes parents, les convoqua .
    Elle leur conseilla de nous inscrire aux Eclaireurs de France, mouvement de scouts laïque. Ce qu’il firent.

    Apprenant cette inscription, le curé convoqua à son tour mes parents :

    - « Je ne vous ai jamais vu à l’office le dimanche, attaqua-t-il….

    Mon père:

    -  «  Le seigneur n’a-t-il pas dit lui même à Marie-Madeleine, l’obligation passe avant la dévotion ? Mes obligations sont nombreuses… Pour faire manger la famille il me faut une partie de mes nuits , les dimanches et jours fériés.

    - « J’ai appris que vous avez inscrit vos filles dans une organisation laïque. Vous auriez pu choisir les « Jeannettes », je vous avertis, si vous ne changez pas d’idée, la petite Joséphine ne fera pas sa communion chez nous. »

    - « Bien, alors, elle choisira d’elle même… rétorqua ma mère.

    Le choix était délicat pour Jo, d’une part renoncer aux cadeaux et à une fête. De l’autre découvrir de nouveaux horizons qui allaient nous éloigner de notre quotidien.
    Pour l’aider à se décider il fut promis à Jo de lui faire une fête.
    C’en était fini des messes, des confessions et des menaces d’aller en enfer !

  • 1958.... la famille grandit !

     

    On dit que lorsque le bâtiment va, tout va.
    Donc, Manuel après une formation accélérée au centre FPA est allé rejoindre, armé de sa caisse à outils, mes oncles sur les chantiers .
    Les barres d’immeubles, poussaient comme des champignons.
    La main d’œuvre manquait dans les petites entreprises de maçonnerie. Des réfugiés italiens nous avaient précédé de quelques années ; nombreux avaient déjà monté leur entreprise.
    Les portugais eux aussi arrivaient sans papiers avec leurs valises en carton.

    Manuel se levait tôt, emportait dans la musette la gamelle, préparée avec amour par Ramona.


    Cette nourriture saine lui donnait assez de force pour retrousser à nouveau les manches à sa descente de bicyclette, le soir dans notre jardin.
    Au fond du potager un petite canal alimenté par les eaux de la Sorgue permettait aux riverains du quartier d’arroser leur terre.
    Le Syndicat de gestion du canal établissait le calendrier des jours et heures d’attribution de l’eau, et il n’était pas rare d’avoir à se lever à 1 ou 2 heures du matin, pour irriguer .


    Manuel fut sollicité à maintes reprises par les établissements Jouve & Cie, ils cherchaient un maçon pour l’installation de leurs boiseries sur les chantiers, ainsi que pour l’entretien des locaux de leur petite fabrique de menuiseries.
    Mon père n’aurait qu’à parcourir 200 mètres pour se rendre au travail.
    Difficile de choisir entre :
    Une meilleure rémunération dû aux nombreuses heures effectuées.
    Des déplacements nécessitants de longs parcours, à bicyclette.


    Et :
    Un salaire moins important.
    Des horaires lui laissant le temps pour enfin pouvoir être plus présent, et pour ce rêve qu'il a depuis longtemps : se bâtir un jour sa propre maison

    La proximité du travail, fit pencher la balance, lourdement, vers la petite fabrique.


    Pour Ramona aussi la vie allait changer.
    De jour en jour nous la voyions prendre de l’embonpoint, la famille allait s’agrandir.
    Cette nouvelle grossesse la faisait parfois pleurer, si elle avait pu choisir ! Son humeur était souvent maussade.
    Pour lui alléger le travail il fut décidé que je m’occuperais du poulailler :
    dans un seau, la veille au soir, je mettais à tremper les restes de pain sec, de toutes petites pommes de terre qui avaient cuit dans la journée. Le lendemain j'ajoutais du son et je mélangeais le tout.
    Notre chien Dick, magnifique bâtard roux, raffolait de cette pâté.
    Le maïs, le blé, l’herbe arrachée dans le jardin, les salades montées complétaient cette alimentation. Le plus difficile pour moi, c’était de pénétrer dans l’enclos, j’avais peur des coqs, lorsqu’ils voyaient la porte s’ouvrir ils se précipitaient, alors un seau d’une main, un bâton de l’autre je me frayais un passage au milieu des volailles. Pendant que les volatiles se restauraient, j’allais ramasser les œufs. Ils étaient encore chauds.
    A l’aide d’un arrosoir en zinc je remplissais les abreuvoirs, l’eau devait être toujours propre, afin d’éviter les maladies.

    Les grandes vacances étaient synonymes de jeux, de liberté dans les champs, de gaieté.
    La journée commençait par un copieux petit déjeuner, à l’espagnole, sur de larges tartines de pains nous écrasions une tomate, que nous allions cueillir dans le jardin, bien rouge, bien mure, juteuse à souhait, avec un parfum que vous ne trouverez nulle part ailleurs que dans votre jardin, une pincée de sel, un filet d’huile d’olive, et suivant la disponibilité, une petite omelette ou du jambon. Un verre de lait complétait le tout.
    Après quoi il était temps d’aider au ménage, et aux travaux de la basse cour.
    Comme maman, ne pouvait plus ramasser les haricots verts, Joséphine et moi nous mettions chacune à un bout de la rangée et nous faisions la course pour en finir au plus vite, les feuilles des haricots laissaient des marques sur la peau de nos jeunes bras et sur nos jambes nues.

    Ce n’était que vers 11 heures que nos jeux pouvaient commencer.
    Arrivaient alors, Geneviève qui par la fenêtre de sa chambre suivait l’évolution de la situation, Cricri qui depuis 10 heures faisait les 100 pas devant notre portail.
    Les cachettes étaient légion, en catimini nous allions au fond du jardin pécher des têtards dans le canal, la peur de la correction nous retenait de prendre des bains.
    Georges avait pour compagnon et complice Joseph notre cousin. C’était plus qu’un cousin pour lui, ils avaient six mois de différence, c’était un peu un frère jumeau.
    Notre oncle, sa femme et Joseph habitaient de l’autre côté de la rue au n°13.
    Deux jours avant la date prévue de l’accouchement, nous vîmes arrivée notre tante, Andrée épouse de l’oncle Carlos, ils résidaient au Camp-Rambeau, dans une petite maison au milieu des champs à peu de distance de chez nous.
    - « Je viens chercher les enfants. Nous les invitons à passer quelques jours chez nous. »
    Allégresse générale, c’était la première fois que nous partions, à la joie
    de « découcher » s’ajoutait une petite poupée âgée à peine de deux mois et qui était notre cousine Marie-Ange.
    Au soir du 25 juillet notre père vint nous chercher.
    - « Alors ? questionna Andrée »
    - « C’est une fille, Patricia, tout c’est bien passé, Ramona va bien, nous avons besoin de Marie-Alba. »
    Du haut de mes 10 ans je me sentais investie de nouvelles responsabilités.
    Un soir, alors que les informations venaient de s’achever, Manuel contrairement à son habitude, resta à table au lieu d’aller se mettre à travailler le potager :

    -« Ramona, la maison est mise à la vente, ou nous partons vivre ailleurs ou nous l’achetons, le propriétaire est pressé. »

    -« Manuel, tu te rends compte de l’énormité de ce que tu dis ? Acheter, avec quoi ? Habiter ailleurs ? Où ? Nous repartons ? »

    Elle était furieuse, Ramona, chaque fois que mon père abordait le sujet, elle répliquait qu’il vivait de rêves, en fait c’était elle qui rêvait de repartir, de quitter la France pour retourner en Espagne.
    Son seul horizon à elle c’était ce chemin de la Roquette, cette petite épicerie de la Croix Verte, ses soucis de fin de mois, les maladies infantiles, c’était le lot des femmes de ces années là.
    En fait elle souffrait, elle en a souffert toute sa vie.

    -« Restes calme, ne t’énerves pas, je me suis renseigné, avec nos quatre enfants, nous pouvons obtenir des aides. Et nous ferons comme tous les autres, nous emprunterons. Il nous faut trouver une personne qui puisse se porter caution, lui dit calmement Manuel. »
    Ce soir là maman alla se coucher avant tout le monde, laissant là notre père et nous.
    Dans son désespoir, Ramona se confia au vieux couple qui dans le passé nous avait trouvé cette demeure.


    Un soir à la surprise générale, une magnifique Ariane, pénétra dans notre cour, il en descendit un couple, une belle femme, magnifique, habillé avec élégance, perchée sur des talons de 10 cm, je n’avais jamais vu quelqu’un d’aussi beau, avec elle un monsieur en costume sobre.


    - « Manuel, Ramona, je suis Marcelle, la fille de vos amis, voici mon mari Marcel, mes parents ont beaucoup d’affection pour vous. Ils nous ont parlé de vos soucis et nous pensons pouvoir vous aider. »
    Mes parents étaient muets de stupeur.

    - « Cette maison vous devez l’acheter, je me porte caution, et vous avance une partie de la somme, lorsque vous aurez votre prêt vous me rembourserez. » Monsieur Marcel venait de parler.

    Comme il était tard, mes parents nous prièrent d’aller nous coucher, ce qu’il fut dit ce soir là, je ne le sais pas. La seule chose que je savais c’était que Marcelle était adorée par ses parents et qu’elle n’avait qu’un objectif : leur faire plaisir
    Peu de temps après mes parents devenaient propriétaire.
    Mon père venait de réaliser un de ces premiers rêves.

  • Demain je vous laisse pour quelques jours.

    Voici queqlues années que Manuel et Ramona sont retournés dans leur pays, mon pays aussi.
    A présent ils demeurent ici :
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    Ils coulent des jours paisibles dans cette maison de retraite à proximité de Gerone.

    Je vous laisse pour quelques jours et vous souhaite une bonne fin de semaine.

    Ramona

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  • FEVRIER, mois maudit ?


    Un représentant de commerce et une ouvrière de l’usine Pirelli de Villanova ont eu trois fils : Joseph, Paul et Manuel le cadet, qui est né le 16 novembre 1919, mon père.

    Vers l’âge de 9 ans, Manuel est laissé « libre » le long des plages et fume déjà la cigarette avec les pêcheurs.
    Son père est parti vendre les tickets aux voyageurs en gare d’Alcaras ; sa mère a refusé de quitter son bord de mer.

    Pour le canaliser un peu et arrondir les comptes de fins de mois, il est placé simultanément, comme apprenti chez un maraîcher ; un fabricant de cordes ; puis chez un artisan fabricant de chaussures.
    Paul, lui apprend à lire sur un atlas. Il retient sans faille le nom des pays et de leur capitale.
    Il attire donc l’attention ; une grand-tante le récupère chez elle dans la région de Valencia.
    Grande bigote, elle l’inscrit au petit séminaire en vue d’en faire un prêtre.
    Il a vite fait de comprendre que ce n’est pas sa vocation, s’échappe et revient à 13 ans gratter la terre fertile de Villanova y la Geltru.


    Il a 17 ans lorsque le Front Populaire triomphe en Espagne, en FEVRIER 1936.
    Le 18 Juillet 1936, déjà, éclate la rébellion militaire contre la jeune République.
    Franco arrive avec ses troupes marocaines par le sud.


    Manuel lève le poing en criant :

    -« NO PASSARAN !»

    En FEVRIER 1937, il signe son engagement dans l’armée républicaine et s’entasse dans le train qui conduit la troupe au front :

    - « Lorsque le train a stoppé, une grande peur m’a envahi. Je pense qu’il en était de même pour tous les jeunes qui m’accompagnaient. On ne le montrait pas, mais ça marque pour la vie ceux qui s’en sont sortis.
    Lorsque plus tard, j’ai entendu Brassens chanter ’’mourir pour des idées, d’accord, mais de mort lente…’’, j’en ai fait ma chanson préférée. »

    Sur le front, les conditions d’hygiène sont déplorables, manger se fait rare. On recule …


    En FEVRIER 1939, il passe la frontière , remet son fusil aux autorités Françaises et rejoint la cohorte de l’armée républicaine dans un des camps installés en vitesse , celui d’ Argeles-sur-mer.


    Le camp est situé sur un terrain vague clôturé de fils de fer barbelés. On dort à même le sable.
    Manuel retrouve parmi les milliers de ‘’résidents’’ trois compagnons de Vilanova. Ils partagent leurs puces, morpions et autres vermines en essayant d’oublier leur estomac qui crie famine.


    On embauche dans une exploitation agricole, ils se portent volontaires. Le travail y est rude, mais on leur remplit le ventre.
    Faute de zoo à visiter, les gens du village voisin viennent voir ces drôles de dépenaillés.

    La France est en guerre !


    Pétain signe l’armistice.
    On regroupe à nouveau les espagnols à l’intérieur des barbelés. L’Allemagne réclame de la main d’œuvre chez elle pour participer à l’effort de guerre.
    On dit que les espagnols réfugiés iront en priorité à ce travail obligatoire en Allemagne (STO).
    Manuel et deux de ses compatriotes s’évadent du camp.
    Comme ils connaissent mal les chemins de contrebandiers, ils vont errer dans les Pyrénées plusieurs semaines.
    La faim les tenaille à nouveau. Ils trouvent sur un olivier des olives noires et fripées, en font leur repas et s’en régalent. Ils en tombent malades à mourir et sont cueillis, à bout de forces, par les militaires franquistes .

    En FEVRIER 1940 ils se retrouvent au pays , mais dans un camp de travaux forcés du côté d’Almeria, puis d’un bagne à l’autre jusqu’en Andalousie.
    Là, s’est toujours interrompue son histoire, car, lorsqu’il nous racontait , il se mettait à pleurer.
    Comme il était pudique, il trouvait une bonne raison pour aller s’occuper ailleurs.
    Jusqu’au jour, où Daniel lui a fait refaire le ‘’voyage’’ en se rendant à Séville.
    Au fil des kilomètres , il a donné les détails sur les sévices subis des mains revanchardes Espagnoles, armées de triques construites de
    nerfs de bœuf .

    Affaibli ,la peau sur les os, il contracte le typhus . Lui, vous dit:

    - « Ca m’a sauvé la vie ! ils m’ont hospitalisé, me laissant pour mort.
    Un docteur a essayé sur moi un traitement à sa façon.
    Lorsque ma mère fut informée, elle est descendue pour me rendre visite.
    J’ étais convalescent. Elle est rentrée dans la chambrée, commune à quatre ou cinq malades. Elle a fait le tour des lits sans me reconnaître. Je me suis mis à pleurer, elle a compris que j’étais son fils… »

    Le toubib l’a pris avec lui comme infirmier pour un temps, puis l’a fait incorporer pour effectuer ses trois ans de service armé, comme garde frontière.

    FEVRIER 1945, il retourne à Vilanova pour faire connaissance avec Ramona. Comme elle fait bien la cuisine, il l’épouse.

    FEVRIER 1954, nouvelle fuite vers Avignon …

    Si ce mois de Février a tant marqué la vie de mon père, il en est de même pour la vie de ma mère.

    Joseph et Marie mes grands parents étaient de robustes paysans.
    La grand mère vendait sur les marchés les légumes et volailles de la ferme.
    Rudes de caractères hérités des générations précédentes.
    Pour l’anecdote, lorsque mon arrière grand-père maternel mourut son épouse s’habilla de rouge pour l’ enterrement ; elle avait promis de fêter ainsi les départs de tyrans.

    Ramona était la quatrième d’une famille de huit enfants.
    Leur maison fut détruite par les bombardements franquistes.
    La guerre civile la jeta adolescente de 16 ans sur les routes de l’exil avec ses parents.
    L’aviation franquiste, mitraillait les colonnes de ces familles en partance.
    Arrivés exténués à Cerbère, son père décréta qu’il n’irait pas plus loin.
    Ramona, Paquita, Alba, Pierre, Francisco, Jean , annoncèrent qu’ils continuaient vers la France.
    Le père resta, mais la mère ne put se résigner à laisser partir seuls ses enfants et les suivit emportant dans son balluchon le petit Carlos ( Joseph, l’aîné, était sur le front).

    En FEVRIER 1939, passée la frontière on les entassa dans la benne d’un camion avec d’autres fugitifs. Ils furent conduits à Lectoure dans le Gers.

    La vie s’organisa, les garçons savaient travailler la terre et les filles trouvèrent des places de femmes à tout faire.
    C’est à cette époque, qu’ils allaient apprendre quelques mots indispensables de Français.

    Le grand père, entre temps s’était fait ramassé avec la troupe en déroute.
    Il parvint à faire prévenir son épouse qu’il était au camp d’ Argelès .
    Le propriétaire fermier qui employait la famille , réussit à lui faire retrouver les siens, qu’il regroupa dans une ferme.

    En FEVRIER 1941, devant la progression des forces Allemandes,
    Ils regagnèrent tous la Catalogne.

    La misère, la faim, mais surtout la Peur régnaient dans leur petite ville qui avait été jadis prospère.
    Peur de la dénonciation, il suffisait de marcher dans la rue et que l’on vous montre du doigt, pour être aussitôt arrêté, questionné, torturé.
    Il était fréquent que des personnes se jettent par les fenêtres de la guardia civil, pour échapper aux interrogatoires musclés et cela longtemps après la fin de la guerre civile.

    Un cousin germain resta caché dans une fosse septique aménagée en cache, il n’ en sortait que la nuit venue. Son épouse passa dix années de cauchemar,de peurs et de privations.
    Mon père, peu de temps avant notre départ pour la France, le cacha chez nous, avant de le conduire en lieu sûr, d’où peu à peu il réapprit à vivre au grand jour, sous l’identité d’un parent décédé.

  • Consommer autrement.

     

    Pour tous ceux de la région d'Avignon qui souhaitent consommer autrement je vous invite à découvrir cette association :

     

    http://perso.numericable.fr/asemailles56/semailles/

     

    Merci Florence pour cette information.

  • Mes angines.

    Une fois par mois, se produisait ce scénario :

    - « maman je ne peux pas aller à l’école j’ai mal à la gorge. »

    Ma mère me prenait la tête entre ses deux mains, posait ses lèvres sur mon front, pour évaluer ma température.
    Moment délicieux que celui là, ses baisers étaient entre temps inexistants.
    Effectivement une nouvelle angine et la fièvre me clouaient au lit . Le médecin confirmait.
    Remède : piqûres de pénicilline , c’était la grande mode.



    Une sage femme, accoucheuse la nuit, d’ origine suisse, était venue s’installer au dessus de la boulangerie de la route de Lyon. Elle faisait office d’infirmière de quartier le jour.
    Se déplaçant à bicyclette, du 1er janvier au 31 décembre. Mistral de face ou dans le dos, jusqu’après l’âge de 85 ans, toujours à la même vitesse d’un escargot en vadrouille ( son vélo suisse avait le frein sur pédalage rétro).

    De son sac elle tirait une boîte métallique chromée de laquelle elle extirpait aiguille et seringue. Elle demandait une casserole dans laquelle elle faisait bouillir de l’eau, sa seringue et les aiguilles.

    En attendant la « stérilisation » et l’entartrage du matériel , on lui offrait le café, elle nous racontais ses fantasmes.
    Amoureuse de Gérard Philippe la ‘’coqueluche’’ des Avignonnais. Elle le voyait à tous les coins de rue :

    - « Madame Ramona, si vous voyez le jeune garçon de la villa Delorme, face à la boulangerie … Je viens de lui faire une anti-tétanique . Mais qu’il est beau ! La tête crachée de Gérard. Je n’ai pas pu m’empêcher de lui caresser le dos … quel dos ! … Ah s’il avait 10 ans de plus … » 

    Une fois le café avalé, j’avais droit à son injection.
    Cela a duré deux ans, puis, un jour plus rien , si ce n’est une
    hépatite C , sortie de sa seringue et décelée 20 ans après.
    Daniel, le ‘’Gérard Philippe’’ voisin, avait certainement eu le privilège d’un traitement de faveur : seringue, aiguille neuve et stériles, puisqu’il n’a pas eu de jaunisse.

    Je m’acclimatais . Mes rêves peu à peu s’espacèrent, les tourbillons ne me submergeaient plus.
    Un matin, une lettre timbrée de Tarrega en Espagne, mit la maison en fête.
    Jean le jeune frère de Ramona, demandait si nous pouvions l’accueillir avec son épouse et le bébé Joseph.
    La chambre au premier fut aménagée pour recevoir ces chers parents.

    Leur arrivée coïncida avec un hiver des plus rigoureux, fin février1956.
    Dans le four du poêle chauffaient en permanence des briques de terre cuite, le soir nous les enroulions de papier journal pour les mettre dans nos lits.
    Il y gelait dans les chambres .
    Au moment d’aller nous coucher, mon père enflammait de l’alcool à brûler dans une casserole ; une douce chaleur passagère nous aidait dans la séance de déshabillage.
    Notre respiration faisait dans la chambre, comme la vapeur qui s’échappait de la bouilloire sur le poêle et se condensait sur les murs qui coulaient l’eau. Les vitres se couvraient de glace.

    Il a neigé énormément et gelé à moins 20 par dessus.
    Pour les enfants ce fut un émerveillement.
    Nous découvrions la neige pour la première fois.

    Avant le rire des enfants sortis pour faire le bonhomme de neige, le silence feutré de la campagne fut brisé dans la nuit par l’éclatement des troncs d’oliviers en végétation avancée. Ce fut une catastrophe.

    Les chantiers se sont arrêtés pour cause d’intempéries, je vis mon père resté à la maison, pour la première et dernière fois de sa vie, participer aux tâches ménagères.
    Difficile de se défaire des coutumes hispaniques : un homme, même catalan, surpris avec un balais dans les mains, était catalogué de : "maricon".
    Alors avec une serpillière ?

  • Chemin de la Roquette

    Les drapeaux ont pavoisé :

    Dans la cuisine au dessus du poêle : molletons, langes et couches, séchaient jour et nuit depuis le retour de Ramona et du bébé : Georges.

    Dans le quartier un commerce a vu le jour cette année là.

    Loueur de machines à laver !

    Une cuve dans laquelle tourne deux hélices, brassant l’eau et le linge , elle se charge par le dessus.
    Pas de couvercle, le spectacle assuré pour les gamins.
    Deux rouleaux en caoutchouc, surmontaient la cuve, ils écrasaient le linge pour l’essorer. Nous nous relayions pour tourner à deux mains la manivelle qui les mettait en rotation.

    Pour 5 francs, elle nous fut livrée pour la journée à domicile, par madame Daïdekoff , réfugiée russe, bonne femme hautement charpentée, forte comme un turc et au langage à faire rougir les poissonnières marseillaises.
    C’était avec une brouette en bois qui lui servait de moyen de transport, qu’elle fit son entrée triomphale à la maison.

    Mère de famille très nombreuse, elle perfectionnait son métier de laveuse à domicile.
    Le représentant de chez ‘’Hoover’’ lui avait laissé en dépôt cinq ou six machines, elle organisait les locations et les livraisons.
    Il fallait retenir à l’avance.

    L’eau courante était à la pompe dans le jardin. Nous organisions une chaîne avec des sceaux pour remplir la cuve. Une bombonne de gaz était raccordée pour le chauffage.
    Des copeaux de savon de Marseille comme détergeant ;le linge et go à moi l’honneur d’actionner le commutateur de mise en marche.


    Premier long brassage, premier passage dans les rouleaux. On remettait ça deux ou trois fois; avant les transports d’eau claire; les rinçages et essorages successifs.
    Grosse journée de travail, on se disputait au début du chantier pour tourner la manivelle. Les ampoules aux mains nous calmaient assez rapidement.
    La cuisine était inondée.

    Il fallait aller étendre dans le Mistral, sur un fil de fer tendu. Le linge était vite sec et rêche à un point, que le papier verre aurait fait autant d’effet sur nos épidermes que nos draps de lit et serviettes de toilette.

    Le vendredi matin, une trompette sur le chemin signalait l’arrivée du poissonnier, la balance romaine en bandoulière, fidèle à ses clientes, par tous temps.
    Il tirait derrière son vélo une remorque dans laquelle étaient entassées des cagettes remplies de poissons rarement frais ;rafraîchis d’un peu de glace pilée en été.

    Ramona habituée aux arrivages des pêcheurs sur le port Villanova y la Geltru, ne pu jamais se résoudre à utiliser ce commerce de proximité, malgré les :

    - « Elle est belle ma raie … Mon merlan, qui veut de mon de mon merlan frétillant ? … »

    Elle s’était fait copine avec la poissonnière du banc des halles à quatre kilomètres de chez nous. C’était bien mieux pour notre santé.

    Le garde manger, placé dans la remise plus fraîche, conservait les aliments à l’abri des mouches et des insectes.
    Mon père avait trouvé une glacière fabrication système ‘’D‘’. Elle ressemblait à un gros coffre fort. Le samedi le camion du glacier, livrait les pains de glace pour la semaine, au voisinage.
    Fini le beurre dans l’eau fraîche l’été.

    Lorsque sa trapadelle voulait bien démarrer, le boulanger faisait sa tournée.

    Moments privilégiés autour de ces marchands, les femmes se retrouvaient dans la rue, discutaient de la dernière angine du petit, du prix du charbon, ou celui du bœuf.
    Le climat était chaleureux.

    La ’’ TSF’’ : objet sacré pour mon père.
    C’était le moyen d’avoir des nouvelles du pays, de se familiariser avec la vie politique française, de s‘évader.
    Les bulletins d’informations moments solennels où il fallait entendre les mouches voler !

    Maman tremblait lorsqu’elle le voyait s’intéresser aux évènements qui se déroulaient en Algérie :

    - « Souviens toi que nos papiers sont provisoires. »

    - « Ne sois pas inquiète, je me tiens simplement au courant des actualités.»

  • Avignon, ville d'eaux.


    Pas besoin d’un sourcier autour d’Avignon pour trouver l’eau.
    Les remparts protègent du côté nord, les coups du Rhône vif. Au sud, la vivacité des eaux claires de la Durance sont endiguées jusqu’au grand fleuve.
    Entre les deux, un réseau de sorgues et de canaux partagent aux paysans les eaux claires issues de Fontaine de Vaucluse .
    Ces sorgues, passent même sous les remparts pour aller faire tourner les roues de la rue des roues et des teinturiers.
    Puis se perdaient sous la vieille ville, devenant égout; se mêlant aux caves et sous-terrains ’’secrets’’, qu’empruntaient les papes, pour rejoindre leurs maîtresses.
    Aujourd’hui, le domaine des rats, qui attendent patiemment la prochaine épidémie de peste, en faisant des razzias dans les cuisines des bouibouis servant la bouffe infecte aux heureux festivaliers.
    Puis ces eaux chargées, allaient enfin engraisser, les ablettes, anguilles, chevesnes, barbeaux (pas ceux de la rue de la bourse, non) …
    Les Aloses, en excursion printanière, évitaient les vire-vires installés sur les berges du Rhône, qui toutefois en piégeaient quelques unes pour nos assiettes, le jour de la communion solennelle .
    Le bac à traille, attaché à son câble, nous faisait faire la croisière entre quai de la ligne et l’Ile de la
    Barthelasse …


    Tout était réuni pour qu’enfin Ramona, enceinte jusqu’au cou, finisse de déprimer.
    Mais un jour l’ eau de la nappe phréatique est monté au niveau des racines de nos salades.
    Nous sommes allés jeter un coup d’œil au passage à niveau de la voie SNCF qui sert au quartier de digue de protection.

    Le fleuve boueux, recouvrait le chemin de halage et ‘’charriait’’.
    Les riverains faisaient provision de bois de chauffage ; équipés de tridents accrochés à une corde, ramenaient les troncs d’arbres sur la rive.
    L’ île de la Barthelasse en face, était déjà sous les eaux. Les animaux parqués sur des monticules aménagés.
    Le lendemain, les enfants des jardins neufs étaient absents à l’école. Ils aidaient les parents à mettre les meubles du rdc hors de portées des eaux, avant de sortir leurs radeaux de fortune, confectionnés avec de vieilles planches liées sur des bidons.
    Ils allaient pouvoir s’éclater quelques jours. Habitués et entraînés aux inondations ( trois ou quatre fois l’an).
    Les annonces disaient que l’Ardèche et l’Ouvèze en amont donnaient à plein régime et que la Durance remplissait son lit en allant couper le cours du Rhône sous Avignon.
    Le 7eme Génie a déposé des barques autour et dans les points bas de la ville.
    Les portes des remparts ont été obturées avec batardos, du fumier et des sacs de sable. L’eau montait toujours, le soir même elle était dans notre cour.
    Dans la nuit, les pompiers ont chargé Ramona dans leur barque et ont ramé jusqu’à la maternité située à deux kilomètres.
    Le lendemain matin, Manuel très joyeux nous annonçait que nous avions un petit frère…