14/02/2008
Pourquoi l'Argentine ?
Notre voyage en Argentine, n’est pas un voyage touristique, même si nous avons eu le privilège de découvrir des sites inoubliables.
J’ai réalisé un rêve de petite fille.
L’histoire commence en 1950, lorsque au petit matin le frère de mon père embraqua, avec sa femme et sa jeune fille à Barcelone, sur un cargo en destination de l’Argentine.
Nous devions les rejoindre l’année suivante.
A leur arrivée là-bas, « el dorado »promis par le frère de la tante se transforma en cauchemar. Les lettres nous suppliant de rester en Europe arrivèrent très vite.
Le destin voulu que nous prenions le train pour la France en 1954.
Entre les deux frères s’installa alors une importante correspondance, j’ai toujours entendu mes parents parler de l’oncle, la tante et les cousines d’Argentine.
En 1988 mes parents sont allés les voir, ce serait la dernière fois que les deux frères vivraient des jours ensemble.
En 1993 Lolita ma cousine, naît en 1951 à Buenos Aires, vint chez nous avec son mari, nous nous sommes promis de nous revoir. Il me restait à faire la connaissance de ma cousine aînée Mercédes, de ma tante et des petites cousines et cousins argentins. L’oncle nous a quitté en 2000.
J’ai voulu connaître la vie à leur arrivée dans cet immense pays et les yeux remplis de larmes, la voix pleine de tristesse et de souffrance, elles nous ont raconté l’histoire de leur famille.
« A notre arrivée, notre père avait une lettre de recommandation de la Pirelli, usine où il travaillait avant son départ d’Espagne.
Pour pouvoir travailler dans cette usine il lui fallut passer une visite médicale et sa vue étant désastreuse, il se retrouva sans aucun travail, avec une femme enceinte une gamine de deux ans, sans un sous en poche.
Après des petits boulots sans grande rémunération, il finit par avoir un emploi dans une aciérie. Nous habitions à 60 km de l’usine et tous les jours à 3 heures du matin, il se levait pour prendre le train qui le menait à B.A. d’où un bus le conduisait sur son lieu de travail.
L’usine retrouvant dans un lieu inondable lorsque les ateliers étaient sous l’eau, il retroussait le pantalon et travaillait la journée les pieds dans l’eau.
A son retour à la maison il cultivait le lopin de terre qui nous faisait manger.
Notre mère nous ne l’avons jamais vu rire, elle cousait, tout à la main car nous n’avions pas l’argent pour acheter une machine à coudre, en pleurant, Toute notre vie nous l'avons vu pleurer.
La certitude de ne plus jamais voir ses parents, sa famille et son pays, la plongea dans une profonde dépression.
Aujourd'hui encore elle est sous traitement
Aucun ouvrier, aujourd’hui encore n’a assez d’argent pour se payer un voyage en Europe.
Nous avons grandi, nous avons notre vie, nos enfants petits enfants et à présent nous sommes argentin. »
«Mais pourquoi n’avez pas demandé de l’aide à la famille pour revenir ? »
«Les temps étaient durs partout en Espagne et pour vous en France, et il fallait rembourser les voyages aller et vivre avec un tout petit salaire.
A force d’économies et de sacrifices, mon père a acheter un terrain dans la lointaine banlieue et il s’est bâti la maison dans laquelle Mercédes et la tante vivent. »
Nous sommes bouleversés à la pensée de ce qu’ont du vivre l’Oncle et la Tante.
Jamais je n’aurai imaginé une vie aussi dure, aussi désespérante, sans espoir de retour, seuls, sans famille, juste des voisins.
L'oncle Paul, Mercédes la mariée et fille ainée Pancho le marié, la Tante Thérèse et Lolita la fille cadette.
16:30 Publié dans Voyage | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note


Commentaires
Nous devons encore une fois dire merci à ce ...Franco ...quel gachis tous ces réfugiés qui ne savaient où aller pour trouver un morceau d'eldorado....
Ce voyage a du être dur pour vous tous .....
Encore un épidose de vie difficile....
Amitiès
Nicole
Ecrit par : kassoumay | 14/02/2008
Oui Nicole, je savais que leur vie avait été dure, mais j'ai découvert à quel point leur souffrance a été grande.
Bises.
Ecrit par : Alba | 14/02/2008
Ecrire un commentaire